Histoire du château de Gournay dit le « château rouge »
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Histoire du Château Rouge, mairie de Gournay-sur-Marne

Résumé très rapide :
Le Château Rouge est un des très rares bâtiments anciens de la commune. Sa construction fut terminée en 1680, il y a 346 ans pour Louis ANCELIN de GOURNAY, frère de lait de LOUIS XIV
Vu de l’extérieur ce bel immeuble de style fin de règne d’Henri IV et Régence de Louis XIII a très peu changé mis à part un balcon ajouté entre 1720 et 1750 du côté rivière et quelques ouvertures supplémentaires dans les combles ajoutées en 1871-1872.
En revanche son parc et son aménagement intérieur ont profondément évolué puisque l’utilisation du château a changé au fil du temps.
Résumé pour les adultes pressés :
Construit entre 1602 et 1612, un manoir seigneurial en pierre de taille et brique rouge était la demeure des seigneurs de Gournay-sur-Marne, généralement de la petite noblesse de robe (conseillers de la couronne, hauts magistrats, contrôleurs des comptes, etc..) que le roi gratifiait à vie et qui disposaient ainsi d’une résidence de plaisance (de villégiature) et des revenus de la châtellenie, notamment les péages du passage de la Marne.
Entre 1668 et 1680, l’ancien manoir seigneurial bien fatigué par les inondations fut démoli et à côté, juste en face de l’emplacement du pont détruit pendant la Fronde, fut construit l’actuel château pour le compte du seigneur Louis ANCELIN de GOURNAY, frère de lait de Louis XIV, un des fils de la nourrice Perette DUFOUR.
En 1719, Claude Elisée de Court, acheta en roture (c’est à dire sans le titre de seigneur) le Château Rouge et la moitié de l’île de Baubigny, soit un peu plus de 10,6 hectares pour en faire un parc d’agrément pour y recevoir ses amis du Palais Royal. Claude Elisée de Court de la Bruyère était alors un officier supérieur de marine, maître d’hôtel de Philippe d’Orléans, le Régent de France, jusqu’au décès de lui-ci en 1723. Ayant participé à l’éducation de Louis Duc de Chartres[1] de 8 à 11 ans, de COURT devint à la majorité de celui-ci, pendant sa période très libertine, en 1736 sous-gouverneur de SAS Louis Duc d’Orléans. Le château de Gournay et son parc lui servit à recevoir ses amis de la cour.
En 1788, une des deux filles de Gabriel Michel de Tharon, riche armateur et financier, Anne Henriette Françoise Vve Auger, Marquise de Marbeuf, hérita des seigneuries de Champs et de Gournay.
Elle mécontenta les paysans locaux qui la dénoncèrent en 1793 pour conspiration avec l’ennemie et manœuvres pour affamer le peuple. Elle fut guillotinée en 1794. Ses biens furent confisqués et vendus aux enchères à des marchands de biens
Au 19ème siècle et au début du 20ème, le château rouge fut la villégiature sur cinq générations d’une famille de bourgeois parisiens, les NAST qui achetèrent presque toutes les terres agricoles de Gournay-Champs. Certains s’y sentirent de vrais « gentleman farmers ».
Et depuis 101 ans, ce château est l’hôtel de ville de la commune, la mairie, le lieu d’exercice de l’administration et de la démocratie communale.
Histoire détaillée du château rouge de Gournay-sur-Marne
Avant le Château Rouge
La seigneurie de Gournay-sur-Marne date du dixième siècle. La présence d’un fortin médiéval en bois sur une butte de terre à l’emplacement du château est très probable mais quelques fouilles archéologiques n’ont pu l’établir. À cet endroit la Marne était étroite et peu profonde ce qui favorisait la construction d’un pont de bois ou le pavage d’un gué à péage au profit du seigneur. La première description d’un solide bastion défendu par les eaux de la Marne et du Bras Saint Arnoult, est faite par l’Abbé Suger, qui fut, entre-autre, historiographe du roi Louis VI le Gros :
» Le château était très bien fortifié, grâce à un retranchement resserré et raide ; à la partie supérieure un mur, à la partie inférieure la profondeur d’un ruisseau torrentueux, le rendaient presque inexpugnable. » Il conte le siège très difficile et la prise de Gournay en 1107 par Louis VI le Gros qui venait lui-même corriger les exactions et provocations d’Hugues de Crécy et Pomponne, sénéchal, et fils de Guy le Rouge, seigneur de Gournay en disgrâce.

Siège de Gournay par Louis VI le Gros en 1107
Les Grandes chroniques de France, enluminure de Mahiet, Maitre du Missel de Cambrai
British Library
Du 12ème siècle jusqu’au milieu du 14ème siècle, les seigneurs de Gournay ont consolidé le fortin de pierre qui contrôlait le pont de Gournay dont le péage était une importante source de revenus.
Fin du 14ème siècle, la seigneurie de Gournay est entrée dans le patrimoine de la couronne et jusqu’à la révolution, les rois de France mettaient à disposition à vie la rentable seigneurie de Gournay et ses fiefs à des fidèles, hommes d’armes ou fonctionnaires méritants.
En 1591, HENRI IV qui batailla avec l’aide de ses alliés armagnacs plusieurs années pour se faire reconnaitre comme souverain par les catholiques de Paris et de la ligue, ne considérait encore le fort de Gournay-sur-Marne que comme une bicoque. Il n’en réalisa l’intérêt hautement stratégique qu’en 1592, quand il commit l’erreur de ne pas le garder, laissant passer des bateaux de ravitaillement pour Paris. Il décida alors de fortifier Gournay afin de contrôler les flux de bateaux comme à Corbeil et à Saint-Denis sur la Seine, ce qui fut fait en 1593 comme le montre le dessin de Claude de Châtillon, topographe et architecte d’Henri IV.

Fort de Gournay dit « Pille-Badauds » par Claude de Châtillon vers 1596
Le but d’Henri IV était clairement d’affamer les parisiens pour les forcer à l’accepter comme roi de France. Ces gros travaux de fortification et les levées de bastions de terre se firent au détriment des constructions existantes mais furent très efficaces. Satisfait du succès de l’opération, Henri IV couronné à Chartres, roi de France et de Navarre, accorda un dédommagement de ces dégâts au seigneur de Gournay, François ALLAMAN de GUÉPÉAN, son président au conseil d’État, pour reconstruire sa demeure seigneuriale de Gournay. En outre HENRI IV ordonna en 1596 la démolition des fortifications et bastions de terre, mais la vieille tour carré médiévale en ruine ne fut pas touchée.
La nouvelle demeure seigneuriale d’ALLAMAN de GUÉPÉAN fut construite à partir de 1602 dans le style « brique et pierre » de l’époque avec des chaînages de façades et des cadres d’ouvrants en pierre calcaire blanche[2] et des remplissages de briques rouges. Son successeur nommé en 1610 par LOUIS XIII, fut Jacques PYLLE[3], conseiller et fils du joaillier royal. Il acheva la construction du manoir seigneurial. vers 1612. C’était un bâtiment rectangle sur deux étages et combles. Comme la mairie actuelle, il avait les quatre petits pavillons carrés aux quatre coins du rectangle central.
En 1638, après le décès de Jacques PYLLE sans descendance, ses héritières, ses deux sœurs mirent en vente sans la seigneurie, le manoir seigneurial sur le fief de Palpoix, plus le fief de la Forge.
En firent l’acquisition en roture, probablement comme villégiature, les époux LE VASSOR mariés le 1er avril 1637. Le mari, Estienne LE VASSOR, noble écuyer, fut « conseiller, secrétaire du Roi, maison et couronne de France et des finances » pendant la Régence et au début du règne de Louis XIV.
L’épouse Marie FAVIÈRES était la fille de Tranquille Estienne FAVIÈRES, conseiller du roi, correcteur en la chambre des comptes à Paris, fait secrétaire du roi en 1660 et de Dame Marie-Anne FRANÇOIS. La jeune Marie était sans doute aussi la nièce d’un Guillaume Favières, entrepreneur de maçonnerie de Noisy-le-Grand et la soeur d’un conseiller du roi en sa cour des comptes Etienne Guillaume Favières. En 1642 les deux époux LE VASSOR actèrent une donation mutuelle.
En 1653, les sœurs PYLLE purent céder avec l’agrément royal la seigneurie de Gournay et les ruines du fort médiéval à Éléonore Dame d’ESTAMPES, Maréchale d’HOCQUINCOURT. Celle-ci conservant la seigneurie, vendit immédiatement les ruines du vieux fort médiéval aux époux LE VASSOR, la Maréchale prévoyant de reconstruire le pont de Gournay, en ruine depuis la Fronde en 1649, avec le produit de la vente.
Les travaux du pont presque en face du manoir seigneurial ont sans doute commencé par la réalisation des assises de deux premiers piliers côté rive droite. Une carte de navigation sur la Marne au 17ème siècle mentionne en effet « la goulette de la Maréchale » juste en face du château.[4]
Coup de théâtre, en 1655, son époux, Charles de MONCHY, Maréchal et marquis d’HOCQUINCOURT trahissait le roi avec les espagnols. LOUIS XIV reprit la seigneurie de Gournay à la Maréchale. Les travaux du pont de Gournay cessèrent. Le roi fit d’Estienne LE VASSOR le nouveau seigneur engagiste[5] de Gournay.
Celui-ci entreprit des travaux pour améliorer le site car l’ancien logis seigneurial avait subi plusieurs inondations hivernales notamment une très sévère en 1652.
Il remit en eau le fossé ouest de Pille-Badauds pour alimenter le Bras Saint-Arnoult et peut-être aussi pour bien séparer son parc des pâtures de Baubigny qui appartenaient au Prieuré de Gournay.
En 1665 au décès d’Estienne LE VASSOR dont la pierre tombale est aujourd’hui dans l’église de Gournay, sa fille aînée Marie LE VASSOR, sous la tutelle[6] de son oncle paternel Jacques LE VASSOR, gouverneur au Parlement, avec l’accord du roi, est devenue Dame (engagiste) de « CHATEAU-GOURNAY » et propriétaire du fief de la Forge. Son jeune frère Etienne Guillaume LE VASSOR reçut en héritage le fief de la Grapine qu’il vendit rapidement à son oncle maternel Guillaume FAVIÈRES. Un FAVIÈRES conseiller du roi sera fait seigneur d’HEURTEBISE sous Louis XVI.
En juin 1638 était né Louis ANCELIN fils de Perette DUFOUR et de Etienne ANCELIN. (la signature de Perette DUFOUR ne comprend qu’un R).
Louis Dieudonné de BOURBON fils aîné de LOUIS XIII et d’Anne d’AUTRICHE naissait le 5 septembre 1638. Sa première nourrice, la plantureuse Elisabeth ANCEL épouse du Sieur Longuet de la Giraudière n’a tenu le rôle que trois mois tellement le Dauphin Louis doté d’une dentition précoce, était vorace. En trois mois six autres nourrices abandonnèrent pour la même raison. La reine Anne d’AUTRICHE fut très contrariée par ces abandons. Le médecin de la reine chargé du recrutement de la nourrice avait aperçu le blanc sein de Perette en train d’allaiter le jeune Louis ANCELIN, âgé de 6 mois, chez elle à Montesson. Il proposa à Perette un bout d’essais au château de Saint Germain en Laye. Notre pragmatique Perette trouva la solution elle-même en protégeant son téton avec une fine tranche de lard percé.
Perette DUFOUR épouse ANCELIN fut la nourrice de S.A.S.[7] Dauphin Louis de ses six mois à son deuxième anniversaire. Après le sevrage, selon l’usage de la cour, elle devint première femme de chambre de la Reine Anne d’AUTRICHE et suivit de près le jeune Dauphin. Louis XIV eut une grande affection pour sa nourrice dont il avait anobli par lettres patentes de décembre 1653 et comblé de revenus le mari et leurs cinq enfants[8]. Son mari Étienne ANCELIN reçut la charge de Contrôleur Général de la Maison de la Reine Anne puis de la Maison de la Reine Marie Thérèse dans tous les palais. La reine mère Anne désigna Mme Ancelin comme inspectrice des hôpitaux militaires du royaume et lui fit concéder ainsi qu’à son époux, par Louis XIV en 1655 le privilège des services de messagerie vers Verdun. En octobre 1661 à Fontainebleau le roi signa un édit créant la lettre de maîtrise de toutes sortes d’arts et métiers, en tous lieux où il y avait jurande en faveur de Perette DUFOUR épouse ANCELIN.

Monseigneur le Dauphin et sa nourrice (est.vers 1641-1642) par Michel Lasne, (1595-1667) graveur du roi Louis XIII) 29,5 x 25 cm. Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève.
La lecture de l’article intitulé « Perette DUFOUR, nourrice royale, si curieuse des privances de Louis XIV est explicite ». La dame de compagnie de la reine faisait partie du décor royal.
https://www.gournay-historique.fr/2025/04/14/perette-dufour-curieuse-des-privances-de-louis-xiv/
Au décès d’Étienne ANCELIN, Louis XIV transmit sa charge lucrative de Contrôleur Général de la Maison de la Reine à Louis ANCELIN, son frère de lait, de quatre mois son aîné.

Perette et le Dauphin en amazone vers 1641. Source gallica.bnf.fr
Comme il était d’usage à la cour, le roi se mêla sans doute du mariage de Louis ANCELIN avec la jeune Dame-engagiste de GOURNAY, Marie LE VASSOR. Elle offrit en dote (avec l’agrément du roi) à Louis ANCELIN sa seigneurie de Château-Gournay et le fief de la Forge.
Louis et Marie signèrent leur contrat de mariage le 16 septembre 1668 à la cour au vieux château de Saint Germain en Laye en présence de Louis XIV et de la reine Marie Thérèse qui étaient leurs premiers témoins.
Voir l’article consacré au contrat de mariage ANCELIN-LE VASSOR
Louis ANCELIN portait désormais le titre de Louis ANCELIN de GOURNAY. Des envieux de la cour ne parlaient pas de sa bonne étoile mais plutôt de sa voie lactée.

Blason présumé de Louis ANCELIN de GOURNAY (A.B.)
Mais le blasonnement de la famille ANCELIN fixé par le roi par édit du 22 novembre 1698 est complexe : « Écartelé au 1 et 4 de gueules à une fleurs de lys d’or, aux 2 et 3 d’argent à un dauphin d’azur couronné de même, crêté et peautré de gueules et sur le tout d’or, parti d’argent à un lion de gueules, brochant sur le parti, accolé de gueules à un chevron accompagné en chef de deux soleils et en pointe d’une gerbe, le tout d’or.
Construction du Château Rouge
Le roi voulait que son frère de lait puisse disposer d’une digne demeure seigneuriale où viendrait se reposer sa chère nourrice. Il fut donc décidé de remplacer le vieux manoir seigneurial trop vulnérable aux inondations par un nouveau château, de deux niveaux et combles, au-dessus d’une sorte de vide sanitaire.
Sa construction fut terminée en 1680, son architecte n’est pas connu. Mais il reprit, dit-on, le dessin du vieux manoir seigneurial de Jacques PYLLE dans le style architectural « pierre et brique » Louis XIII qui caractérise les constructions nobles de la fin du règne d’HENRI IV, de la régence et du règne de LOUIS XIII.
Le château doit son nom familier de « Château Rouge » à ses façades de briques rouges emplissant ses cadres de pierres de taille de calcaire de Saint Leu-d’Esserent, par opposition au « Château Blanc » qui désigna au XIXème siècle l’ancienne demeure du Prieur de Gournay, au crépi de mortier clair, acheté en 1803 par Jean Népomucène NAST avant qu’il n’acquière aussi le Château Rouge.
Dessin lavé à la sanguine in quarto vers 1680. BNF
Perette DUFOUR partagea ses huit dernières années entre Gournay-sur-Marne et l’appartement de la rue de la Barre du Becq à Paris où elle est décédée en 1688. Elle fut inhumée à Gournay de même que Louis ANCELIN de GOURNAY décédé en 1694.
Sa Veuve Marie LE VASSOR se remaria et vendit la châtellenie de Château-Gournay en viager au Sieur Paul POISSON de BOURVALLAIS, le financier maltôtier du roi qui achetait compulsivement tout ce qui se présentait dans la Brie. Elle perdit le procès que lui fit la couronne rappelant qu’elle n’était que seigneur engagiste. Mais à sa mort, le 17 octobre 1709, POISSON de BOURVALLAIS était bien propriétaire. Avec sa quasi-banqueroute, plusieurs biens furent mis en vente et Marie-Anne de BOURBON, fille légitimée de Louis XIV, Princesse douairière de CONTI les acheta en 1718. Elle céda en décembre 1718 le château de Gournay en roture à Claude Élisée de COURT dont l’achat fut enregistré en 1719 et transmit la baronnie de Champs à son neveu Charles François de LA VALLIÈRE.
Claude Elisée de COURT de la BRUYERE
Nous recommandons la lecture du superbe article que Mme Maryse Rivière a consacré à ce personnage exceptionnel, intitulé : »Claude Elisée de Court de La Bruyère et son château de Gournay »
Le plus intéressant des châtelains de Gournay est certainement Claude-Élisée de COURT (1666-†1752), officier supérieur de la marine royale, qui après une très belle première partie de carrière militaire, chef d’escadre en surnuméraire, fut choisi à quarante-cinq ans par Louis XIV en 1711 pour superviser l’éduction militaire à la cour du Palais Royal, de son neveu Louis de Bourbon duc de Chartres, (1703-†1752), alors âgé de 8 ans. Le duc de Chartres est devenu « Prince de Sang », S.A.S. Louis Duc d’Orléans en 1723, à la mort de son père S.A.S. Philippe d’Orléans qui fut Régent durant sept ans jusqu’au jugement de majorité à 13 ans de Louis XV en février 1723, puis ministre jusqu’à sa mort en décembre.
En 1715, de Court fut promu Premier Maître d’Hôtel du Régent, S.A.S. Philippe Duc d’ORLÉANS dont la cour était toujours au Palais Royal bien qu’il ait disposé d’une aile au Château de Versailles.
En 1736, à sa majorité (et ce fut la période très libertine du duc) S.A.S. Louis de Bourbon Duc d’ORLÉANS prit Claude Élisée de COURT comme sous-gouverneur. De Court alternait entre Versailles et le Palais Royal, comme il alternait entre la carrière militaire d’officier supérieur de marine et la carrière d’homme de cour.
À quatre-vingt ans il commanda de nouveau la flotte franco-espagnole contre les anglais et remportant la bataille du Cap Sicié, libérant Toulon de son siège. Il fit l’admiration de Louis XV.
Pour finir il fut promu en 1750, à 84 ans vice-amiral d’escadre et reçut le ruban bleu de Grand Croix de l’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis.

Le vice-amiral ceint du ruban bleu et de la Grande Croix de l’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis
Revenons à l’année 1719 où de Court avait fait l’acquisition en roture (i.e. sans la seigneurie) du château de Gournay.
Il le rénova et en redécora complétement l’intérieur. Il fit également aménager un parc d’agrément de plus d’une dizaine d’hectares dont les jardins et les attractions ludiques étaient assez originales.
L’accès à la cour d’honneur du château se faisait par une grille majestueuse sur le pont de pierre sur le Bras Saint Arnoult construit à sa demande en 1726 par le frère dominicain et jacobin François Romain, l’architecte qu’il chargea également de construire la nouvelle Église Saint Arnoult.

En 1726, un carrosse de la cour arrive au pont de pierre sur le Bras Saint Arnoult. Sa grille en fer forgé contrôle l’accès à la cour d’honneur du château de Gournay (création Arnaud Bosquet 2026)
Au château, de Court se contenta d’ajouter un balcon et des sculptures sur la façade côté rivière.
Sur les bords de Marne il fit éloigner de sa vue à plus d’une centaine de mètres en amont l’embarcadère et la maison de péage du bac mis en fermage par le Marquis de la Vallière, baron de Champs, Noisiel, Lognes et de Gournay.
De Court a reçu au château des aristocrates de la cour de Louis XV, probablement plusieurs des sœurs légitimes de S.A.S. Louis Duc d’Orléans (1703-†1752) qu’il admirait sincèrement, notamment :
Louise-Élisabeth d’Orléans, Mademoiselle de Montpensier (1709-†1742)
Adélaïde d’Orléans, Mademoiselle d’Orléans puis Abbesse de Chelles (1698-†1743)
Charlotte-Aglaé d’Orléans, Mademoiselle de Valois ((1700-1761)
Philippine-Élisabeth d’Orléans, Mademoiselle de Beaujolais. (1714-†1734)
Louise d’Orléans, Mademoiselle de Chartres (1716-1736)
Et plusieurs des nombreux enfants naturels du défunt Régent Philippe duc d’Orléans

Plan du parc du château, relevé vingt ans après le décès de son maître d’ouvrage Claude Élisée de Court. Le nom du maitre d’œuvre est inconnu. Les lettre majuscules n’ont pas de signification ici, elles servirent pour mesurer les sections du parc.
De Court est décédé en 1752 à Gournay ou il fut enterré, sa pierre tombale est accrochée à un mur de l’église Saint-Arnoult.
Pièces du rez-de-chaussée selon l’inventaire après décès.
Après le décès du vice-amiral de Court plusieurs châtelains se succédèrent sans avoir la capacité financière ni l’ambition de maintenir la beauté de son parc. Le baron de Champs, duc de la VALLIÈRES céda en 1763 le domaine comprenant Champs, Noisiel et Gournay au riche armateur et financier Gabriel MICHEL, administrateur de la Compagnie des Indes.
La dernière Dame de Gournay
Une des filles de Gabriel MICHEL du THARON, Anne Henriette Françoise MICHEL Vve Auger, Marquise de MARBEUF, préférait le faste du château de Champs et négligea le modeste château de Gournay, elle ne s’intéressa qu’au potentiel économique de la ferme.
Arrêtée en 1793 et jugée pour atteinte à la sûreté de l’état, elle fut guillotinée en 1794 et ses biens furent confisqués, administrés par les communes et finalement vendus aux enchères. Des arbres du parc furent vendus comme bois de chauffe.
En 1801 le château fut loué à un industriel qui l’utilisa comme atelier de fabrication du fil des soies du chardon. L’exploitation textile périclita en moins d’un an mais cela a suffi pour fortement dégrader l’intérieur du château.
Les NAST
En 1803, un industriel de la céramique Jean-Népomucène Nast et sa femme firent l’acquisition du Château Blanc (ancien Prieuré de Gournay) et en 1808 du Château Rouge ainsi que de presque toutes les terres agricoles de Gournay et Champs. Le Château Rouge fut restauré. À la troisième génération, eun petit pavillon de chasse orné de céramiques fut construit par Gustave Nast, mais le parc ne retrouva jamais le charme raffiné de l’époque du vice-amiral de Court. La mare à glace du 18ème siècle fut agrandie pour offrir une pièce d’eau d’agrément dans le parc à l’ouest du château et une orangerie fut ajoutée au nord-est du parc. Des arbres exotiques, notamment un catalpa remarquable qui a survécu, furent plantés.
Gournay était juste un lieu de plaisance, de villégiature, de chasse, d’élevage, et de cultures de rapport pour les descendants Nast jusqu’au décès de Maurice Nast, dernier châtelain de la cinquième génération en 1923.
En septembre 1870, le village de Gournay qui avait été vidé de ses habitants, occupé par les wurtembergeois et les prussiens fut sous le feu des canons français du plateau d’Avron et de Nogent. Le Château Rouge eut sa toiture défoncée. Toutes les habitations de Gournay furent pillées et dévastées, ce qui était en bois fut brulé.
C’est probablement à l’occasion de la réparation de ces dégâts que furent ajoutés dans les combles du château des ouvrants supplémentaires : un puit de lumière au-dessus de l’escalier, deux chiens-assis sur les faces Nord et Sud et trois œils-de-bœuf dans les combles de chacun des quatre pavillons.
Selon le BRGM, vers 1890 un puits artésien fut foré jusqu’à 95 mètres de profondeur au centre du rond-point d’accès au château. La nappe phréatique étant à 80 mètres, l’eau qui pouvait jaillir en abondance était amenée à la pièce d’eau du château. Le « puits », un tuyau contrôlé par une vanne, était simplement entouré de rocailles. L’avenue du château (future Av. Foch) s’arrêtait alors à ce rond-point.
Carte de l’État-Major d’après les relevés de 1890, cohérente avec le plan de Loisiel-Cholin-Rabuteau
Vue du puits artésien depuis le pont de pierre du château en 1900
Façade côté Marne. www.gallica.bnf.fr
Relevé et gravure par les frères SAUVAGEOT en 1868. Encyclopédie d’architecture 1876,
À noter les modifications à venir avant 1900 sur cette façade nord :
1- La décoration en bas-relief du fronton et les quatre sculptures en façade disparaissent.
2- Deux fenêtres en chien-assis sont ajoutées dans les combles
3- Apparition des œils-de-bœuf sur les trois faces visibles des combles des pavillons
À noter la principale modification sur cette façade après la municipalisation de 1925
1- inscription de « Mairie » dans le typan du fronton.
Plan des onze pièces du Rez-de-chaussée relevé par SAUVAGEOT en 1868
et publié par l’encyclopédie d’architecture de 1876. Gallica.bnf.fr
La pièce d’eau du Château en 1909 alimentée à l’époque par le puit artésien du rond point.
Le Château en 1900 façade nord sur la rivière.
Le Château Rouge depuis la rive droite avant 1920
La Mairie de Gournay-sur-Marne
En 1924, après la vente par les héritiers Nast de leurs terres agricoles de Gournay et de Champs, de la ferme de Gournay et du Château Rouge à Bernheim Frères et Fils, qui prévoyait d’y réaliser le lotissement du Domaine de Gournay, le conseil municipal accepta la proposition de M. Gaston Bernheim d’échanger le Château Rouge et environ deux hectares de parc contre les terrains de l’ancienne mairie et de l’école au centre-ville et le versement d’une soulte de 100.000 francs. L’agrément du lotissement par la préfecture nécessitait, compte tenu de l’étroitesse de l’avenue Joffre, de la doubler sur moins une centaine de mètres par une nouvelle voie dans le sens Champs-Église de Gournay.. Bernheim a pu satisfaire cette exigence en démolissant l’ancienne mairie et l’école pour créer l’avenue du Commerce. Elle prit le nom de Paul Doumer en 1932.
Cet échange fut approuvé en 1925 en Conseil Municipal et légalisé en sous-préfecture. Les élus ayant en perspective l’augmentation rapide de la population de Gournay qu’accompagnerait les ventes du lotissement, estimèrent que l’investissement serait facilement finançable par emprunt y-compris les travaux à réaliser dans le château pour installer les services de la mairie, des classes d’école et dans les communs des logements d’instituteur et de garde champêtre.
Le parc fut réaménagé très sobrement. Rapidement une nouvelle école fut construite à la place des communs au sud de pavillon de chasse. Le lit du Bras Saint Arnoult fut remblayé dans les années trente mais le beau pont de pierre de 1726 fut heureusement préservé.
L’arrêté ministériel du 16 octobre 1945 a inscrit la mairie (ancien château) de Gournay-sur-Marne, à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques (à l’exception des locaux de chaufferie et annexes placés contre la façade est).
Le plafond peint dans le pavillon contigu au bureau du maire qui représente « Vénus sur son char » est également couvert par la protection de l’immeuble .
En 2024 la notice Mérimée[9] du château de Gournay était complétée par une photo du Pavillon de Chasse qui est occupé par les archives municipales.
Le puits artésien, le pont de pierre sur le Bras Saint-Arnoult et l’entrée de la nouvelle Mairie en 1925
La façade sud avec sa marquise
L’ancien puits artésien sur le rond-point en 1930 était alimenté par le réseau de la Sté des Eaux
« Mairie » a été peint sur le tympan du fronton nord
La première page de cet article a été créée par Marion Souvestre. Plusieurs images notamment les armoiries de Louis Ancelin de Gournay, le pont de pierre de l’entrée d’honneur en 1726 et de nos jours, ont été conçues par Arnaud Bosquet, les cartes postales anciennes proviennent des archives de la SHNGC.
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Louis duc de Chartres neveu du Roi, Louis XIV et fils aîné de Philippe duc d’Orléans, devint duc d’Orléans à la mort de celui-ci en décembre 1723. ↑
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Commencées à la même époque 1606-1610, la place Dauphine et la place des Vosges sont caractérisées par la pierre calcaire blanche qui provient des carrières de Saint-Leu-d’Eserrent dans l’Oise qui rythme les façades et et les remplissages de brique rouge. ↑
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L’épitaphe de Jacques PYLLE sur sa pierre tombale dit notamment : Jacques PYLLE conseiller du roi en ses conseils en matières ordinaires de la chambre des comptes est décédé le 18 août 1638, fils de Jacques PYLLE bourgeois de Paris décédé le 6 janvier 1609 et de Anne GIGON décédée le 23 août 1619) ↑
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La goulette de la Maréchale de Gournay (sur Marne) – Blog de l’association Riverains bords de Marne CHELLES 77500 https://www.lemarneux.fr/2023/07/la-goulette-de-la-marechale-de-gournay-sur-marne.html ↑
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L’engagiste doit rendre la seigneurie au roi selon son bon plaisir. Cette seigneurie n’est pas héréditaire. ↑
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La majorité d’un roi de France est à 14 mais celle de ses sujets est à 25 ans. ↑
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S.A.S. = son altesse sérénissime. ↑
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lesquels obtinrent confirmation de leurs lettres de noblesse en juillet 1702. ↑
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https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00079935 notice du château dans la base Mérimée MH ↑












