Les mairies de Gournay-sur-Marne
Histoire des mairies de Gournay-sur-Marne
Les informations de cet article sont tirées des archives communales, de la Monographie de M. Eugène QUESNOY instituteur en 1899, d’un article de Jacques GUILLARD publié en 1982 après avoir exploré aux archives des Yvelines les archives O produite par la sous-préfecture de Seine et Oise à Pontoise, et des actes officiels d’échange et de vente expertisés par Alain BARTHELMAY.
La première mairie
La commune de Gournay-sur-Marne fut créée par le décret du 14 décembre 1789.
De sa création jusqu’en 1850 la commune qui comptait moins de 150 habitants, n’a eu ni hôtel de ville ni mairie. C’est au domicile particulier des maires que se dressaient les actes officiels de l’état civil et les réunions du conseil municipal. Mais plus grave, après la fermeture de l’école de Gournay en 1818, la commune n’a plus eu d’école du tout jusqu’en 1850. Quant aux écoliers, quelques-uns allèrent à l’école de Champs-sur-Marne.
Mis en demeure par le sous-préfet de Seine & Oise de mettre la commune en conformité avec la loi, le maire de Gournay, M. Jean Baptiste FESSARD, agriculteur à la retraite de la Ferme de Gournay et François-Jean NAST, propriétaire de la ferme et châtelain, le 27 avril 1850, se mirent d’accord pour un échange immobilier. M. NAST avait proposé, juste en face de l’église Saint Arnoult, un beau petit immeuble de style XVIIIème de 350m2 sur deux niveaux et des combles qui lui appartenait.
« Je ferai exécuter tous les travaux qui seront nécessaires à sa future destination dans la maison dont le suis propriétaire et qui est située en face de l’Église, au centre du village. Sainement et solidement construite sur caves, elle se compose de trois pièces au rez-de-chaussée qui feront facilement une école avec logement d’Instituteur : il y a une cuisine et un four. Les trois pièces du premier pourront fort bien servir aux besoins d’une Mairie.
Je fournirai pour l’école, les tables et les bancs et pour la Mairie une table avec serge verte, vingt-quatre chaises, un fauteuil, un bureau, une armoire, etc… Je consentirai à la céder à la commune, à dire d’expert, en échange d’environ deux hectares de pâtis communal allant de la culée du pont jusqu’à la hauteur du fossé de mon nouveau parc.
Au lieu d’un instituteur. Je proposerai aussi au Conseil, en regard du petit nombre d’enfants que possède la commune une institutrice en la personne d’une Sœur. Ces respectables Dames à l’instruction morale et religieuse joignent souvent des connaissances médicales qui dans une commune éloignée des médecins et dépourvue de pharmacie sont souvent d’une grande utilité »
Signé NAST (François-Jean).
Le patis intéressait M. NAST châtelain et gentleman-farmer qui possédait plus de deux cents moutons.
L’instituteur devait arrondir son traitement maigre proportionnel au nombre d’élèves en assurant le rôle de greffe (secrétaire) de mairie à temps partiel. Certes il était logé gratuitement par la commune mais l’instituteur devrait partager son modeste logement avec le garde-champêtre. Voilà une contrainte qui empêcha l’emploi d’une institutrice au grand regret de M. Nast, et une cohabitation qui faisait jaser.
Pour remédier au manque de place, en 1877, Louis Gustave Nast, le nouveau châtelain et surtout nouveau maire de Gournay a convaincu M. Prosper LOISEL représentant LOISEL & CHOLIN, des meldois, lotisseurs depuis 1876 du domaine du Prieuré-Château Blanc, de réaliser un échange avec la commune.
La Commune représentée par son maire, M. Louis-Gustave NAST d’une part et les lotisseurs du Prieuré, M.et Mme LOISEL-HEURTIER et M.et Mme CHOLIN-BENOIST représentés par M. Prosper LOISEL convinrent d’un échange de biens avec soulte sous réserve des accords de l’administration. Les conseils municipaux du 10 février et 8 avril 1877 approuvèrent la soumission du 12 janvier 1877 présentée par M. LOISEL et après enquête publique sans opposition, le conseil de préfecture réuni à Versailles le 26 juillet 1878 accorda l’autorisation préfectorale de procéder à l’échange.
Selon l’acte, plusieurs lots situés sur l’ouest du lotissement des sieurs LOISEL & CHOLIN, donnant sur l’ancienne « Promenade du Village » (futur avenue JOFFRE), la « rue nouvelle » (future rue Eugène CARRIERE) et la « rue VIVIENNE » (future rue Émile BOISSEAU), dont deux lots sont riverains de la mairie-ancienne furent abandonnés à la commune en échange d’un terrain de 5.585m de Patis en bord de Marne à l’est de la propriété LOISEL & CHOLIN et d’une soulte. Des conditions particulières de l’accord stipulaient que :
LOISEL & CHOLIN s’obligeaient à acquérir à raison de 50 centimes le mètre carré communal et M. NAST obligeait la commune à céder à LOISEL & CHOLIN le chemin de halage longeant la propriété LOISEL & CHOLIN dans le délai de trois ans après l’obtention des autorisations administratives (aucune superficie n’étant spécifiée).
L’arrêté préfectoral de Versailles du 26 juillet 1878 précisait :
1° Les acquisitions par la commune de diverses parcelles de LOISEL & CHOLIN serviraient pour la régularisation de la place de l’église et l’agrandissement de la mairie.
2° L’aliénation de 5.885m du pâtis communal et le paiement d’une soulte de 589 francs par la commune au profit de LOISEL & CHOLIN.

Sur ce terrain mitoyen de la mairie ancienne, la commune pouvait construire une classe d’école, un préau et aménager une cour pour les écoliers et un jardin séparé pour l’instituteur.
L’école a pu alors accueillir 30 et même 41 élèves en 1899 et l’instituteur disposa d’un vrais logement dans la mairie.
La mairie s’installait dans l’ancienne salle de classe du rez-de-chaussée.
Vers 1890, la mairie a déplacé au fond de l’école nouvelle la pièce des archives municipales du rez-de-chaussée, l’espace libéré servit de bureau des postes et du télégraphe et de logement du receveur des postes.

Extrait de la Monographie de l’instituteur Eugène QUESNOY.

Détail montrant le grille d’entrée de l’école de 1880 à 1925

Carte postale : La Mairie en 1896

La Mairie en 1900

Carte postale de 1920 « La Mairie et la Place ». L’Avenue JOFFRE passant entre l’église à droite et la mairie à gauche. Au fond se distingue la grille d’entrée du château de Heurtebise de Mme PUJOS du COUDRAY Vve GOMEL.
En 1904, le bureau des postes et télégraphe migra dans le nouvel immeuble-bureau de Poste construit en 1904 sur plan de Frédéric BERTRAND au carrefour de la rue Rambuteau (Eugène Carrière) et de la rue à grande circulation desservant le pont à péage.

Extrait d’une carte postale de 1902
La sculpture du petit musicien qui date probablement du mandat du maire Roger BALLU (1895-1908), ancien Inspecteur Général des Beaux-Arts, fut déplacée de plusieurs mètres vers l’ouest où une fontaine Wallace occupe maintenant plus ou moins sa place.
L’École et la Mairie Ancienne furent démolies par le lotisseur du Domaine de Gournay en 1926-1927 pour le percement de la nouvelle avenue du Commerce (futur Avenue Paul Doumer). L’immeuble de l’Hôtel-Restaurant du Commerce fut construit vers 1929-1930.
La Mairie au château rouge
En 1924, après la vente par les héritiers NAST, des toutes leurs terres sur Gournay et Champs et du château au lotisseur BERNHEIM FRERES ET FILS, pour y réaliser le Domaine de Gournay autorisé par la préfecture le 24 décembre 1924, le conseil municipal accepta la proposition du lotisseur d’échanger le château rouge et deux hectares de parc contre les terrains de l’ancienne mairie-école et une soulte de 100.000 francs.
Ce fut acté en 1925 et des travaux furent promptement réalisés dans le château pour installer les services de la mairie et des classes. Les logements des employés du châtelain dans les communs furent transformés en logement pour les employés de la commune.

Le Catalpa et la façade ouest et sud de la mairie en 1925

Les façades nord et ouest de la Mairie en 1925
Le château rouge est un des rares bâtiments anciens de la commune. Il fut construit en 1680 pour Louis ANCELIN, frère de lait du roi et contrôleur général de la maison de la reine et pour son épouse Marie LEVASSOR, Dame de Gournay depuis 1665, de qui Louis ANCELIN avait obtenu en dot la seigneurie et le vieux manoir de Gournay-sur-Marne.
Rappelons que le roi Louis XIV et la reine Marie Thérèse ratifièrent leur contrat de mariage au vieux château de Saint Germain en Laye le 16 septembre 1668.
En effet la mère de Louis ANCELIN, Perette DUFOUR, épouse ANCELIN, fut la principale nourrice de Louis Dieudonné de BOURBON, fils aîné de LOUIS XIII et d’Anne d’AUTRICHE. Louis XIV a toujours eu de l’affection et de la reconnaissance pour sa nourrice dont il a anobli et comblé de revenus l’époux et les enfants. Perette DUFOUR fut une des premières femmes de chambre de la reine Anne, la mère du roi, puis de la reine Marie Thérèse. Elle fut très proche affectivement du dauphin Louis puis du roi. Son mari Etienne ANCELIN, anobli écuyer, reçut gratuitement plusieurs charges dont celle de contrôleur général de la Maison de la Reine. À son décès le roi transmit cette charge prestigieuse et lucrative à Louis ANCELIN. Le roi a certainement arrondi les revenus de son frère de lait pour que son couple puisse disposer d’une digne maison seigneuriale à Gournay en plus de leurs biens à Paris.
Perette DUFOUR partagea ses huit dernières années entre Paris et Gournay où elle fut inhumée en 1688.
Etienne LEVASSOR, seigneur de Gournay-sur-Marne (de 1655 à 1665), qui fut secrétaire du roi et magistrat, représentait typiquement la noblesse de robe. Il disposait déjà depuis 1637 de l’ancien château-manoir de Gournay construit pour ALLAMAN de GUÉPEAN entre 1602 et 1612 et l’avait modernisé. Le manoir de LAVASSOR avait déjà la silhouette originale de cette grande maison avec ses quatre pavillons d’angle mais il avait trop souffert des inondations pour être jugé digne du frère de lait du roi.
Le château rouge fut donc livré en 1680 en reproduisant le dessin d’une grande maison encadrée de quatre pavillons restant dans le « style Louis XIII’ du manoir de GUÉPÉAN.
Il doit son nom familier aux briques rouges encadrées de pierre de taille de ses façades.
Parmi les propriétaires du château rouge, le plus connu est Claude Elisée de COURT. Il en fit l’acquisition en 1719 alors qu’il était sous-gouverneur du Duc de CHARTRES à la cour du Palais Royal. Il en rénova complétement l’intérieur, et isola le château dans un grand parc paysager d’une dizaine d’hectares dont les jardins et les attractions ludiques étaient considérées comme assez originales sous la Régence et sous LOUIS XV qui, en fin de carrière, le fit Vice-Amiral de France. Il a reçu à Gournay les proches de duc d’Orléans.
La propriétaire la plus tristement célèbre du château rouge est certainement la Marquise de Marbeuf qui en hérita de sa mère, mais ne l’habita pas. Elle fut convaincue d’avoir accaparé des subsistance et d’avoir tenté d’affamer la population en changeant les cultures de ses fermes, d’être autrice et complice d’une conspiration contre la sureté du peuple français par le tribunal de salut public sous la Terreur et fut guillotinée le 5 février 1794.
Au XIXème siècle, Jean Népomucène Nast à la tête d’une riche entreprise de porcelaine à Paris fit l’acquisition en 1808 du château rouge et d’autres biens à Gournay. Cinq générations de Nast furent châtelains de 1808 à 1924.
1924 après le décès de Maurice NAST, le château devint la propriété de BERNHEIM FRÈRES ET FILS
La façade nord de la Mairie en 1938
L’arrêté ministériel du 16 octobre 1945 a inscrit la mairie (ancien château) de Gournay-sur-Marne, à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques
(Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie Charenton)
Recto de l’arrêté d’inscription MH du 19/10/1946 (MPP Charenton)
Extrait du dossier de protection MH de 1945 (Dossier de classement MPP Charenton)
Protection proposée 1945 (Dossier de classement MPP Charenton)
Avis des Beaux Arts 28 avril 1945 (Dossier de classement MPP Charenton)
D’importants travaux de rénovation des extérieurs (façades et toitures) furent chiffrés en 1949 à 1.819.000Fr après validation de l’architecte des bâtiments de France.[1] Les travaux de façade ne furent réalisés qu’en 1951 sans aide de l’état.
Des frais de sauvetage de la peinture au plafond d’un pavillon « Vénus sur son char » ont été subventionnés à hauteur de 30% en 1972. Des dégâts importants avaient été occasionnés par les fuites et trépidations de la machine à laver de l’appartement à l’étage supérieur.
-
Le dossier de l’immeuble classé qui est consultable à la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie à Charenton comprend un descriptif de ces travaux au mortier de chaux réalisés à la mairie. ↑





