Quand la Terreur de 1794 coupait les têtes des personnalités de Gournay, Champs et le Chesnay.
Quand la Terreur de 1794 coupait des têtes de personnalités de Gournay, de Champs et du Chesnay.
Cet article sur la Terreur prolonge un article publié fin 2025 sur la révolution agricole en marche à la fin du XVIIIème siècle à la ferme de Gournay, à la ferme du Chesnay et à la ferme de la Haute-Maison à Champs.
https://www.gournay-historique.fr/2025/12/10/une-revolution-agricole-impopulaire/
L’évolution, voire la révolution agronomique à Gournay à Champs et au Chesnay se fit sous l’impulsion du sieur Jean-Joseph PAYEN[1] , cet ancien commissaire des guerres de S.M. Catholique (roi d’Espagne), avait des idées politiques conservatrices étant membre des clubs antirévolutionnaires tels que le club de Valois, le club des Feuillants, et celui de la société de 1789. Il avait également des idées inspirées des physiocrates. Ce gestionnaire avait l’esprit d’entreprise, il s’y entendait bien en agronomie, il fut l’homme de confiance de Anne Henriette Françoise MICHEL DU THARON, Vve Auger, Marquise de MARBEUF, propriétaire de Champs et de Gournay depuis 1788 au décès de sa mère. Il était probablement son concubin à l’hôtel de Marbeuf à Paris, rue Saint-Honoré..
Mme de Marbeuf vendit à PAYEN, des friches à Montfermeil dont Payen fit des carrières de gypse pour la vente en l’état par bateau depuis le port de Gournay ou pour la fabrication de plâtres dans ses fours au Petit Paris.
Mme de MARBEUF a pris le sieur ROLPOT, comme intendant de ses deux grandes fermes de Gournay et de la Haute-Maison et comme régisseur de Gournay, LOISELEUR.
Le plan de PAYEN fut de spécialiser la ferme de Haute-Maison sur Champs dans la culture des céréales et à Gournay de substituer aux cultures traditionnelles des céréales, celles des plantes fourragères pour l’élevage bovin, en particulier l’élevage laitier pour livrer du lait cru frais en ville à Paris.
C’est précisément ce que Jules Edouard LUCAS réalisa effectivement à Gournay en 1905 grâce au chemin de fer permettant de livrer du lait frais à Paris.
Il fut ainsi décidé par PAYEN, ROLPOT et la Marquise de MARBEUF qu’une superficie de cent hectares de belles terres labourables à Gournay serait semée en plantes fourragères pour l’alimentation animale au lieu de céréales destinées à l’alimentation humaine.
De plus on réduisit les jachères en semant à leurs places des plantes fourragères comme la luzerne qui améliore avantageusement le sol. Mais cela contrariait les vaines pâtures des ovins dans les jachères auxquelles avaient accès traditionnellement les bergers des petits éleveurs de moutons locaux.
Il était déjà acquis à l’époque que les plantes fourragères pouvaient être mises en silo et que leurs qualités nutritives se conservaient mieux que celles de la paille. Mais si elles sont mises en silo, que restera-il pour les moutons ? se demandaient les éleveurs. Les ovins furent ainsi plus strictement cantonnés aux jachères résiduelles et aux pâtis de moindre qualité.
La révolte « populaire » contre la révolution agricole des aristocrates
La révolution affecta beaucoup Gournay-sur-Marne. Le 2 novembre 1789, les biens ecclésiastiques du Prieuré et de la paroisse furent confisqués selon la loi. Le curé de la paroisse, COLOMBY dut prêter serment d’allégeance à la République. Bientôt l’église Saint-Arnoult fut transformée en temple de la Raison pendant quatre ans puis devint un grenier à grains jusqu’en 1809 où elle redevint église mais dans un triste état. Le Prieuré fut mis en vente aux enchères.
La commune de Gournay-sur-Marne fut créée en 1791, elle fut dirigée et représentée par un conseil de notables locaux qui vont tout faire pour évincer la MARBEUF qui a déjà perdu le 4 août 1789 ses privilèges seigneuriaux. Depuis il ne lui reste que le droit de propriété et la citoyenneté. Les élus de Gournay ne se mobilisèrent pas pour les 200 hectares de la Ferme du Chesnay qui passa à Noisy-le -Grand puis à Gagny, pas plus qu’ils n’essayèrent d’acheter le Prieuré. En 1893 il est surtout question pour les notables de Gournay-sur-Marne de déposséder la MARBEUF de ses terres et de ses fermes plus que de prendre le château rouge qui avait perdu beaucoup de son attrait et son usage seigneurial.
La révolution agricole orchestrée à Gournay par Jean-Joseph PAYEN aurait sans doute pu être un prétexte pour engager une poursuite judiciaire contre Anne-Henriette Françoise MICHEL Vve AUGER ci-devant Marquise de MARBEUF. Mais l’époque de la terreur (de septembre 1893 à juillet 1794) offrait d’énormes facilités aux accusateurs et aux délateurs. Les gournaysiens et campésiens purent aligner plusieurs griefs antirévolutionnaires assez radicaux à l’encontre de la ci-devant MARBEUF et de Jean-Joseph PAYEN. Elle fut accusée d’avoir fait semer des fourrages comme la luzerne à la place du blé et du seigle, dans le but d’affamer ses anciens sujets, mais Il lui fut surtout reproché d’avoir comploté pour aider les envahisseurs austro-prussiens. Elle aurait constitué à cette fin, à Champs, des stocks occultes de grains et de vivres pour eux.
Elle fut donc accusée de complot contre la sûreté de l’État, de sympathie avec l’ennemie austro-prussien contre lequel la jeune république était en guerre depuis 1792.
L’arrêté d’exécution mentionnait précisément :
« (Anne)Henriette Françoise MICHEL, veuve de Jacques AUGER, ci-devant marquis DE MARBŒUF, maréchal de camp, native de Nantes, demeurant à Champs, département de Seine et Marne, âgée de cinquante-cinq ans, convaincue d’être auteur ou complice d’une conspiration contre la sûreté du peuple français, en dénaturant le produit d’un très grand nombre d’arpents de terre dans la commune de Champs et en faisant semer à cet effet de la luzerne au lieu de blé, en suscitant des troubles dans sa commune et en désirant l’arrivée des Prussiens et des Autrichiens, pour lesquels elle conservait des provisions considérables dans sa maison de Champs ».

Le jugement fut résumé de manière très sommaire dans le sinistre: « Dictionnaire des Individus Envoyés à la Mort » « …comme convaincue d’avoir désiré l’arrivée des Prussiens et des Autrichiens pour lesquels elle conservait des provisions »
Et Jean Joseph PAYEN, natif d’Avignon, âgé de quarante-neuf ans, cultivateur habitant avec la femme MARBŒUF dans sa maison de Champs et à Paris rue du Faubourg Saint Honoré, en la maison MARBŒUF, et jouissant de toute la confiance de la femme MARBŒUF, fut aussi convaincu de cette conspiration en ordonnant et dirigeant les semences de luzerne et en exerçant des vexations envers les patriotes de la même commune, il a été condamnè à la peine de mort.


L’exécution
Mme DE MARBEUF dite la »MARBŒUF, (Anne) Henriette Françoise MICHEL, fut suppliciée (exécutée) à 55 ans, le 17 Pluviôse An II, soit le 05 Février 1794. Le lendemain 18 Pluviôse An II, soit le 06 Février 1794, Jean Joseph PAYEN, intendant ou fermier de la citoyenne MARBŒUF et son concubin, son complice, fut exécuté.
La légende populaire dit que dans le chemin vers l’exécution comme la citoyenne MARBŒUF exhortait PAYEN à mourir avec courage ; elle lui aurait dit :
– « Après tout mon pauvre garçon mourir aujourd’hui ou mourir dans vingt ans c’est tout un ». Celui-ci qui n’était pas à beaucoup près aussi résolu qu’elle, a répondu :
– « Si c’est tout-un Madame, j’aimerais bien mieux dans vingt ans. »
Leurs biens furent confisqués et vendus aux enchères publiques.
Suite à la condamnation, les biens de la condamnée Anne Henriette Françoise MICHEL Vve AUGER de MARBEUF déjà sous séquestre, furent immédiatement confisqués en février 1794 pour être revendus après expertise. En attendant la vente, les biens furent maintenus sous le contrôle de représentants des communes et de l’état. Après consultation des représentants de la commune de Gournay, le régisseur LOISELEUR fut maintenu.
Les communes de Gournay et de Champs ne tentèrent pas d’acquérir des biens locaux des condamnés n’ayant pas l’ingénierie financière nécessaire. Ainsi les deux communes laissèrent le champs-libre aux notables désireux de mettre la main sur une partie des biens.
Il en fut ainsi à Champs, le domaine de Champs de « la MARBEUF » fut vendu par adjudication en 1801 et put être acquis par Pierre-Marc-Gaston DE LEVIS (1764-1830),[1] fils de Gabrielle Augustine MICHEL (1744-†1794) et du défunt Mal. François Gaston Duc DE LEVIS.
Sa mère avait été guillotinée le 10 juillet 1794 à Paris à l’âge de 50 ans avec deux de ses trois filles Marie Gabrielle DE LEVIS De SPINOLA (1765-†1794) et Henriette Françoise DE LEVIS de BÉRANGER (1767-1794).
François Gaston DE LEVIS fit de même pour les biens de Noisiel ayant appartenant à sa mère Henriette Françoise Maréchale DE LEVIS et les récupéra.

Gouache de Jean Baptiste LESUEUR. Collections du Louvre
Dans la gouache de Jean Baptiste Lesueur figurant une mère condamnée accompagnée d’une fille, l’auteur des étiquettes sous la gouache s’est trompé de fille MiICHEL.Ce n’est pas « La Marbeuf » Il me semble reconnaitre le visage du portrait de Gabrielle-Augustine jeune épouse du Maréchal Duc de LEVIS, une peinture à l’huile par Charles André VAN LOO
D’ailleurs Anne Henriette-Françoise Michel Vve AUGER, « la MARBEUF » n’a pas eu de fille, seulement un garçon qui est mort en bas-âge peu après son mariage en 1757.

Gabriele Augustine Maréchale de Lévis (soeur de la Marquise de Marbeuf) par C.A. VAN LOO
AUGER de MARBEUF était le fils du Maréchal de MARBEUF qui fut le second gouverneur de la Corse et avait assuré de sa protection le jeune Napoléon Bonaparte et sa famille. Ce qui expliquerait la mansuétude du 1er Consul puis de l’Empereur vis à vis de l’ancien militaire émigré Pierre Gaston DE LÉVIS.
Seul proche survivant de la famille MICHEL, Pierre-Marc-Gaston DE LEVIS bien que neveu de la défunte Anne Henriette Françoise MICHEL Marquise de MARBEUF ne souhaita pas se porter acquéreur aux enchères du domaine du Château Rouge de Gournay ni de la vaste ferme de Gournay qui avaient été pourtant rattachée à celle de la Haute Maison en 1777 par Mme Anne BERNIER Veuve MICHEL.

GASTON PIERRE MARC DE LÉVIS député de la noblesse à 25 ans en 1789.
par Labadye Charles Toussaint, Château de Versailles.
Les terres de Gournay de feu Anne Henriette Françoise MICHEL Vve AUGER DE MARBEUF furent acquises par des spéculateurs et c’est seulement en 1808 que le couple Jean Népomucène NAST en fit l’acquisition à la vente à la criée des biens d’un marchand en difficulté, le sieur RICHOMME. En 1803 les Nast avaient acheté le Prieuré de Gournay.
-
Jean Joseph PAYEN était propriétaire depuis le 19 janvier 1791 de la ferme du Chesnay, de 200 ha. Cette ancienne propriété du Prieuré de Gournay, qui fut saisie en 1789 comme bien ecclésiastique, lui fut vendue aux enchères Il l’a très rapidement restructurée. ↑