Champs et Gournay au XVIIIe
Champs et Gournay-sur-Marne au XVIIIe siècle.
Le Sieur Paul POISSON de BOURVALLAIS, qui fut un des plus gros financiers traitants de Louis XIV, connut à partir de 1716 de sévères difficultés financières et politiques. Il fut poursuivi en justice et embastillé, il fut libéré en 1717 après paiement d’une amende de 60.000 Livres. Mais entre-temps les nombreux biens et seigneuries qu’il avait acquis dans la Brie avaient été saisis par la couronne et remis en vente par adjudication en 1718.
Parmi les biens saisis figurait la châtellenie (en partie) de Gournay achetée en 1706 par Paul POISSON de BOURVALLAIS en viager pour 120.000 Livres à Dame Marie ANCELIN-LE VASSOR (1657-†1709), veuve du frère de lait de Louis XIV.
Y figurait également le domaine et la châtellenie de Champs-sur-Marne, (dont dépendait alors la ferme de Gournay-sur-Marne), Noisiel, Villiers-sur-Marne, etc … de nombreux biens acquis après la déconfiture du Sieur Charles RENOUARD de LA TOUANNE, un autre financier décédé en 1701. En revanche, Noisy-le-Grand avait été acheté de gré à gré comptant par POISSON de BOURVALLAIS au Prieur de Saint Martin des Champs.
Profitant de son immense richesse, et de ses soutiens, La Princesse de CONTI obtint de la couronne tous ces biens (Champs, Gournay, Villiers, Noisy) bradés pour elle à vil prix préférentiel, via une adjudication sur mesure pour seulement 650 000 Livres.
SAS Princesse de CONTI n’était autre que Marie-Anne de BOURBON, (1666-†1739) dont Louis XIV disait qu’elle était sa fille préférée, c’était la fille qu’il eut au début de son règne avec Louise de LA VALLIÈRE, sa favorite et qu’il légitima.

Marie Anne de BOURBON
par François de TROY vers 1690 Musée des Beaux-Arts d’Agen
Elle porta d’abord le nom de Marie Anne de BOURBON, Duchesse de LA VALLIERE et de VAUJOURS surnommée « Mademoiselle de BLOIS ». Elle signait précisément Marie Anne de BOURBON « fille légitimée », parce que ses demi-sœurs, les filles de la MONTESPAN ne pouvaient en dire autant.
Elle fut mariée à 13 ans, en 1680, au prince Louis-Armand de BOURBON-CONTI devenant SAS (Son Altesse Sérénissime) princesse de CONTI, Duchesse de LA VALLIÈRE.
Louis-Armand (1661-1685) 3ème Prince de CONTI était issu des sangs princiers des BOURBON, CONDÉ et CONTI. Ils n’eurent pas de descendance.
En 1685 au décès causé par la variole du 3ème Prince de CONTI, Marie Anne de BOURBON devint à 21 ans, Princesse Douairière de CONTI, et, une des plus grosses fortunes du Royaume.
Elle céda le titre ducal de LA VALLIÈRE à son neveu,[1] également fortuné, Charles-François de la BAUME LEBLANC (1670-1739) qui était historien, archiviste et ami des lettres.

Charles-François de LA BAUME LE BLANC Duc de LA VALLIÈRE
par Jean Baptiste OUDRY en 1720
source internet Bonhams.com[2]
SAS la Princesse douairière de CONTI gérait très activement son immense patrimoine. Elle fit quelques arbitrages immobiliers en 1718-1719 intéressant notamment Champs et Gournay.
Elle céda en 1619 la seigneurie, titre et châtellenie, de Champs-sur-Marne à son neveu Charles François de la BAUME LE BLANC, Marquis puis Duc de LA VALLIERE. (1670-†1739)
Peu auparavant, en 1718, elle avait vendu en roture[3], au Sieur Claude Elisée de COURT de la BRUYERE, alors Chef d’Escadre en surnuméraire depuis 1715, sous-gouverneur du Duc de CHARTRES, la châtellenie de Gournay-sur-Marne comprenant le fief de Palpoix sur l’île de Baubigny mais en excluant la seigneurie, les droits de justice, les droits de passage (bac) et les droits sur le moulin de Gournay qu’elle garda pour les céder à son neveu Charles-François duc de LA VALLIERE (1670-†1739), seigneur de Champs-sur-Marne.
Le Prieur de Gournay, Louis de COURCILLON, abbé de DANGEAU averti du projet de cession à Claude Elisée de Court de la Bruyère formula ses réserves et rappela les droits seigneuriaux en partie et droits de propriété du Prieuré sur une grande partie de Gournay et ses droits de passage et de pêcherie. Certains de ces droits avaient été confirmés en justice le 29 novembre 1664 à la demande d’un prédécesseur.

Claude Elisée de COURT peint en tenue d’amiral d’escadre vers 1750
avec le ruban de grande croix de l’ordre de Saint Louis
L’acte définitif de vente de la châtellenie de Gournay à de COURT fut ratifié début 1719. SAS Princesse douairière de CONTI, dame de GOURNAY, y autorisa le Sieur de COURT à détruire l’église paroissiale à charge d’en reconstruire une, à déplacer les accès, les embarcadères et le péage du bac, et si besoin à détruire le moulin de Gournay, la seigneurie en partie de Gournay ayant autorité pour établir de nouveaux moulins à son gré, la seigneurie en partie conservant ses droits sur les pêcheries et le bac (sous réserves d’accord avec le prieur de Notre Dame de Gournay, détenteur en partie de ces droits).
La grande ferme d’architecture briarde de Gournay dont la construction fut lancée vers 1660-1670 par le Sieur Levassor n’était pas comprise dans le domaine cédé par SAS Princesse de CONTI au Sieur de COURT en 1719, mais celui-ci jouissait d’un grand potager seigneurial, situé sur le fief de BLANCHEMIE entre la grande ferme de Gournay et le Bras Saint Arnoul.
Après le décès de Claude Elisée de COURT (1666-†1652), et l’inventaire de sa succession, le Marquis du CHATELET et son épouse se portèrent acquéreurs de la châtellenie (en partie) de Gournay en 1753. Ces acquéreurs firent défaut en 1771 et la propriété revient entièrement dans la patrimoine de la couronne. Elle fit l’objet de plusieurs tentatives de vente, tandis que se dégradaient le parc et le château.
En 1763, Gabriel MICHEL du THARON (1702-†1765) riche armateur et trésorier de l’artillerie, un des directeurs de la Compagnie des Indes, et conseiller du roi, fit l’acquisition auprès de Louis César de LA BAUME LE BLANC, Duc de LA VALLIERE (1708-†1770) de Champs et par un acte séparé du château de Gournay-sur-Marne à la même date.

Louis César de LA BAUME LE BLANC duc de LA VALLIERE, baron de Champs
Le baronnie de Champs avait été créée par Louis XV en 1726, rattachant à la seigneurie de Champs-sur-Marne, Noisiel, Lognes et Villiers-sur-Marne.
Extrait des minutes du notaire LAMBERT 1763
Par devant les conseillers du roi, notaires au Châtelet de Paris furent présents
Le très haut, le très puissant seigneur M Louis Césard de LA BAUME LE BLANC duc de LA VALLIÈRE, le grand fauconnier de France, chevalier des ordres du roi, baron de Champs qui vend, cède, quitte et délaisse et promet de garantir de tous troubles, dons, …., dettes, hypothèques, évictions, substitutions, aliénation et autres empêchement généralement quelconques à
M Gabriel MICHEL, Écuyer, Seigneur de Tharon, Brin Triecen, Kerandy,….secrétaire du roi
et
Dame Anne Bernier, son épouse, qu’il autorise à l’effet des présentes, les terres seigneuries et les biens ci-après énoncés, à savoir Gournay
La châtellenie terre et seigneurie de Gournay-sur-Marne, fiefs appelés le fief, et la seigneurie de Palpoix, le fief de la Grapine et de la Forge. Le Fief de la Grapine et autres fiefs et dépendances de la-dite châtellenie de Gournay.
Consistant en la haute, moyenne, la basse justice, greffe de la prévôté, la place et la charge du clerc ancien greffe des présentations, gardes des fermes et tabellionage des offices, greffier commissaire aux inventaires remis et …honorifiques dans l’église et recommandé aux prières droits de cens, lors des ventes, droits d’échanges et les autres droits de chasse et de pêche dans la rivière de Marne et bras en dépendants dans l’étendue de la dite châtellenie, droit de gare dans la dite rivière, droit de bac et de passage, sur quelles, moitié du droit de péage, droit d’étalonnage ….; voyerie et les autre droits appartenances, et dépendance tant des fiefs qu’en arrière-fiefs et rotures.
– une maison de l’autre côté de la rivière vis à vis du château ou la route qui la représente.
Fait et exposé à Paris le 17 aout 1763 Signé Regnault et Lambert en la minute restée à Me Lambert
La Ferme de Gournay resta attachée au domaine de Champs-sur-Marne, propriété de Anne BERNIER, Veuve de Gabriel MICHEL du THARON, de 1765 jusqu’en 1777.
C’est probablement ce qui explique que l’inventaire de l’intendant (vers 1780) compte sur le terroir de Champs sur Marne encore 32 arpents de terres de la Ferme de Gournay (à 99% labourables, soit environ 16 hectares.
L’ainée des filles Michel, Henriette Françoise Gabriel Michel (1738-†1794) avait épousé en 1757 le Marquis Jacques Auger de Marbeuf (1728-†1789). Elle en fut séparée en 1763 mais elle en garda le titre.
La cadette Gabrielle-Augustine u(1744-†1794) avait épousé en 1762 le Marquis François Gaston de LEVIS (1719-†1787) Maréchal de France.

François Gaston de LEVIS, Maréchal de France en 1783; Gabrielle Augustine MICHEL du THARON
Wikimedia et Mutual Art
Anne BERNIER, veuve en 1765 de Gabriel MICHEL du THARON devint propriétaire de tous les biens de Noisiel à Noisy. Il ne lui manquait alors que le Prieuré de Gournay, toujours bien ecclésiastique et le Château de Gournay que la couronne avait récupérée en 1771 à la liquidation du Marquis et de la Marquise du Châtelet.
Le roi avait loué en 1772 la châtellenie de Gournay pour 50 ans sous bail emphytéotique au sieur Lejay, conseiller du roi et greffier du grand conseil, mais comme il s’avéra assez rapidement défaillant, le bail fut résilié et le bien fut remis sur le marché.
Quand en 1777, la châtellenie de Gournay fut remise en vente par adjudication, Madame Anne Bernier Vve Michel de Tharon en fit l’acquisition. Ne l’intéressait que le titre seigneurial de Gournay, le domaine très mal-en-point se dégrada encore plus, faute de soins et de gardiennage. La ferme et les terres furent données à bail à un fermier.
Au décès d’Anne Bernier Vve de Gabriel MICHEL du THARON en 1788, ses deux filles se partagèrent le patrimoine :
Henriette-Françoise Marquise de MARBEUF reçut en héritage de ses parents le château de Champs, la Haute Maison, et Gournay, château et ferme, de nombreuses terres agricoles et divers hôtels particuliers parisiens.
Elle fut aidée par son ami et conseiller Jean Joseph PAYEN, l’ingénieur qui avait acheté aux biens nationaux en 1791 la ferme du Chesnay, ancien bien du Prieur de Gournay, et y menait des expérimentations agronomiques sur ses 200 hectares arables. Il avait également commencé sur des terrains de Gagny achetés à la Marquise de MARBEUF la production de plâtre par cuisson du gypse.
Sur le conseil de PAYEN, la marquise fit changer le plan de culture de la ferme de Gournay pour les terres agricoles exploitées à Champs et à Gournay en 1790, augmentant fortement la part des plantes fourragères, luzerne et sainfoin[4] notamment, au détriment des céréales.

source Médiathèque du Patrimoine et de le Photographie, distribution RMMN
Sa sœur cadette, Gabrielle Augustine MICHEL, veuve en novembre 1787 du Duc de LEVIS, Maréchal de France, hérita de ses parents du château de Noisiel et d’autres actifs immobiliers et financiers.

Aquarelle de LESUEUR faussement étiquetée « Arrestation d’Anne Henriette-Françoise Michel Vve de Marbeuf et sa fille (Musée Carnavalet-Ville de Paris), En réalité c’est la représentation de sa sœur cadette Gabrielle Augustine MICHEL duchesse de LEVIS qui fut guillotinée avec une de ses filles.
En 1793, pendant la Terreur, les sœurs MICHEL furent dénoncées au comité de salut public qui les poursuivit pour trahison en même temps que Jean Joseph PAYEN.
Les deux sœurs MICHEL et Jean-Joseph PAYEN furent guillotinés en 1794 et leurs biens furent mis en vente par adjudication.
Pierre Marc Gaston de LEVIS (1764-†1830), fils du Maréchal François Gaston de LEVIS, qui avait émigré en 1792 et était rentré en France avec l’accord du Consul Bonaparte entreprit d’acheter aux nouveaux propriétaires les biens des guillotinées, sa tante Anne Henriette Françoise MICHEL de MARBEUF et sa mère Gabrielle Augustine MICHEL duchesse de LEVIS. Ce qu’il réussit généralement sauf à Gournay où le château rouge avait été loué à un utilisateur industriel et où la ferme de Gournay avait été louée à un fermier, les immeubles et les terres ayant été acquis par des spéculateurs au début du 19ème siècle.
Il fut un des deux concessionnaires du pont à péage de Gournay inauguré en 1829.
Pierre Marc Gaston de Lévis
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Fils de Jean François de La Baule Le Blanc marquis de la Vallière (16422-†1676) ↑
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https://www.bonhams.com/auction/19918/lot/55/attributed-to-jean-baptiste-oudry-paris-1686-1755-beauvais-portrait-of-charles-francois-duc-de-la-valliere-1670-1739/ ↑
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sans aucun droit seigneurial ↑
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cultures fourragères adaptées aux sols calcaires ↑



