Un joli site, Gournay en 1924
JOURNAL DE SEINE-ET-MARNE 26 juillet 1924
Cet article sur le paysage de Gournay fut publié le 26 juillet 1924 soit cinq mois avant que le lotissement « Domaine de Gournay », 340 hectares sur Gournay et Champs, n’ait reçu son autorisation préfectorale le 13.12.1924.
Il est de Victor-Olivier Delaître, commandeur du Mérite Agricole, paysagiste et horticulteur de Chelles, contributeur régulier du Journal de Seine-&-Marne.
La société historique n’a fait qu’ajouter une carte, des cartes postales et des toiles peintes à Gournay.

Un JOLI SITE
par Victor-Olivier DELAITRE Architecte paysagiste et horticulteur à Chelles
J’écrivais dernièrement sur la disparition, toujours regrettable, des grandes propriétés, celles situées près de grands centres, et, principalement, des alentours de la capitale. La nécessité de dégorger les grandes agglomérations, celle de construire en leur banlieue, là où sont les facilités d’accès ont contribué à l’augmentation du prix du sol. Tels terrains situés près de lignes de chemins de fer, ou mieux près des gares, ont vu leurs prix parfois quintuplés en quelques années. Un de ces terrains, situé près de la gare de Vaires, est monté de 10 francs au début à 100 francs le mètre aujourd’hui !

La carte d’état-Major montrant les terres agricoles de Gournay et Champs avant le lotissement « Domaine de Gournay » source IGN
Ici, dans un site ravissant, le vieux château de Gournay-sur-Marne qu’habitèrent plusieurs générations de la famille Nast et, en ces derniers temps, Nast-Ballu, va subir le sort commun.
Cette vaste autant que splendide propriété, située à quelques centaines de mètres seulement de la gare de Chelles-Gournay, a sa grande entrée appuyée, pour ainsi dire, au pont de Gournay, établi autrefois avec droits de péage, par le comte Nicolaï propriétaire du château de Noisiel, propriété, aujourd’hui, de notre sénateur M. G. Menier.

Maxime Maufra (1861-1918) Bords de Marne 1902, huile sur toile.
Ce pont fut racheté il y a quelques années seulement (nous fîmes une campagne à ce sujet) par l’État, avec parts contributives des départements de Seine-et-Marne et Seine-et-Oise, des communes limitrophes et des industriels intéressés. La maison du préposé à ce péage est encore debout à l’extrémité sud du pont, elle est habitée par un fonctionnaire communal.
De ce pont l’on découvre à droite et à gauche, en amont et en aval la Marne qui sépare les territoires de Chelles (S.et-M.) et Gournay (S.-et-O.) un panorama qu’un peintre célèbre qualifiait d’unique au monde ; mais on peut dire qu’il est prestigieux, d’une douceur de perspective que rien n’égale. Aussi combien de bons peintres en sortirent d’excellentes œuvres.
Cette propriété, disais-je, va se transformer en ville moderne, comme savent les faire surgir de terre, d’une baguette magique, les grands créateurs de cités, les Bernheim, de la rue de l’Arcade, à Paris, dont les créations de cette sorte ne se comptent plus. Citons cependant : Vaires et Aulnay-sous-Bois.
À Gournay, la cité future, encore mieux qu’ailleurs, tout est prévu, eau, gaz, électricité, moyens de transport, etc.
Le château va devenir la mairie nouvelle ! Les écoles trouveront place dans l’orangerie et les communs.
Cet ensemble de constructions est placé dans un cadre délicieux, ayant sur ses côtés les pelouses et les beaux arbres séculaires imposants et majestueux ! La façade nord, opposée à celle de l’entrée qui est au sud, regarde la direction de Chelles ; de ce côté la vue se profile â droite et à gauche sur la rivière qui semble baigner les murs tout proches, semblables à de bas et vieux remparts que recouvrent plantes et herbes folles.

Sur le prolongement de cette clôture, côté aval, des arbres, dont les immenses branches passent par dessus, comme trop à l’étroit, s’émancipent et vont s’étendre jusque dans les eaux de la rivière où les barques au repos font les délices des pêcheurs et, sur les berges, celles de paisibles promeneurs ou de pêcheurs moins favorisés et de pécheresses.
Comme il a été dit, autour du château, une partie du parc sera réservée pour former préau et jardins publics, et ceci fort heureusement, car en cet endroit pourront être conservés les plus beaux spécimens d’arbres de la région parisienne. Ils ont plusieurs mètres de circonférence à la base et la cime semble se perdre dans le ciel ! Comme ils nous paraissent puissants en leur carrure de titans, et comme, à côté, nous sommes minuscules. Ils ont vu passer tant de siècles et de générations !
Ici, tout près, sous la voûte de verdure, un bruit ininterrompu. C’est l’eau qui chuchote ; c’est un puits artésien d’un débit considérable. Comme elle est limpide, cette eau, que pourront prendre dorénavant les ménagères ; elle s’élève à plus d’un mètre du sol, et tombe dans une grande vasque placée au centre d’une allée circulaire qu’abritent de vieux et énormes tilleuls.

Cette vasque, ce bassin, se déverse en l’alimentant dans une petite rivière près d’un pont ancien, fait d’énormes pierres de taille, qui donne accès, par la principale entrée, au château. Jetons un coup d’œil sur cette rivière canalisée, qui va se perdre là-bas, tout là-bas, sous la verdure, dans les bois ; elle retrouvera la Marne à sa sortie du parc, du côté de Noisy-le-Grand.
Il se dégage de tout cela un grand calme, par les journées de chaleur torride, et une sérénité que rien n’égale. Un peu de regrets s’y mêle, car beaucoup de cette belle nature va se modifier. Heureusement que les plus belles choses resteront et formeront l’oasis de la cité nouvelle.
Encore près du château, dans une perspective magnifique, des pelouses vertes qui s’étendent au loin, jusqu’au pied du si pittoresque village de Noisy-le-Grand dont la Marne, dans une courbe gracieuse, va mollement baigner la colline. D’ici, des maisons de ce village perdues dans la feuillée n’apparaissent guère que les toitures rouges ou grises qui s’étagent sur ce versant en un tableau charmant.

Sur le côté, où nous sommes, toujours dans le parc, un petit lac aux eaux dormantes, poissonneuses et miroitantes reflète en sa limpidité un tertre touffu sur ses bords.
Tableau enchanteur et merveilleux que cet ensemble ! Pourquoi aller chercher si loin ce que nous appelons de jolies choses quand, tout auprès, il en est de plus belles dont on peut jouir sans dérangement. Les millions ne peuvent produire ce que produisent les siècles. Certes, si l’amateur d’esthétique peut regretter la disparition de l’ensemble, la plus belle partie restera et là où s’étendent les belles futaies, les riches terrains de culture, une ville nouvelle, une agglomération de villas modernes, de jolis jardins, des boulevards plantés d’arbres variés, des avenues rectilignes apparaîtront; car tout cela va surgir incessamment et, là où est encore le grand calme, le chant du rossignol, va naître la vie de mouvement, mais, en même temps, la tranquillité du cottage tant recherché des gens d’affaires, d’industriels ou commerçants éprouvant le soir, les dimanches, le besoin du repos, du bon air, les changeant du labeur quotidien et du gouffre parisien.
On obtient tout cela d’autant mieux que l’on a près de soi tout le confort et toutes les commodités possibles.
V. DELAITRE,
Architecte-Paysagiste.
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Pour être complet disons que, de la gare de Chelles à Gournay, le boulevard qui y conduit est en droite ligne. Sur ses larges trottoirs sont, de chaque côté, plantés des tilleuls taillés en berceau ; le dessous est en piste bétonnée. Presque à l’extrémité de ce boulevard, à gauche, on le quitte pour accéder en pente douce au bord du canal de navigation, dit canal de Chelles, qui va de Vaires à Neuilly-sur-Marne.
De ce pont le coup d’œil est merveilleux et retient déjà l’attention du promeneur captivé.

Camille Bourget en train de peindre le moulin de Chelles vu depuis Gournay
A moins de cent mètres de là, en suivant, est le pont sur la Marne qui sépare les deux communes de Chelles et Gournay.

Service d’autocar du DOMAINE DE GOURNAY, desservant tout le lotissement et en correspondance de 11 gares de Chelles au Terminus du tramway de Noisy-le-Grand.
Source Gallica.bnf.fr
Illustration publicitaire de 1925 par H. Callot pour Bernheim 23 rue de l’Arcade (SHNGC)

