GUET APENS ET MASSACRE DU 16 AOÛT 1944
Dix-huit combattants volontaires F.F.I. de Chelles et de Gournay piégés à Paris par les Allemands : quinze tués et seulement trois rescapés
Depuis le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, les corps francs de tous les réseaux étaient à la recherche d’armes pour participer activement à la libération de la région parisienne. Le Capitaine Jean FAVÉ, chef des corps francs des FFI de Gournay-Chelles (160 combattants volontaires) avait rencontré par l’intermédiaire de Guy HEMERY (chef des corps francs O.C.M. de Clamart), fin juillet-début août 1944 un agent de renseignement de l’Armée Secrète, Wigen NERCESSIAN qui disait connaitre des gens de l’Intelligence Service pouvant procurer des armes aux F.F.I. Les agents de l’Intelligence Service que NERCESSIAN croyait connaître étaient en réalité des agents des services secrets allemands qui l’avaient totalement manipulé. Avec son aide involontaire, ces agents allemands allaient exécuter le même stratagème pour décimer plusieurs groupes de résistants d’Île de France à la recherche d’armes (Chelles, Clamart, Draveil, Paris, etc..). Ils firent au total 35 victimes rien que ce jour funeste du 16 août 1944 et plus de 300 depuis le 17 avril.
Fin juillet-début août, Jean FAVÉ et Guy HEMMERY rencontraient NERCESSIAN. Les 10 et 12 août Jean FAVÉ de Chelles-Gournay et NERCESSIAN voyaient à Paris les pseudo agents de l’I.S. »anglais » dont le Captain Jack qui détaillèrent leurs instructions pour la récupération d’armes. Le groupe de résistants devait impérativement venir avec plusieurs camions et une quinzaine de combattants F.F.I. par camion pour charger le plus vite possible plusieurs tonnes d’armes et de munitions. Autre condition, les résistants ne devaient pas être armés, pour qu’ils ne soient pas inquiétés en cas de contrôle routier.

Guy de MARCHERET GLEBE D’EU, alias “Captain Jack.” fusillé en 1949 source A.N.
Selon diverses sources de la résistance de Seine-et-Marne, Henri BLANCHET tenté d’y participer alors qu’il dirigeait les corps francs FFI-Libération-Vengeance de Chelles reçut le conseil ferme, puis l’ordre de sa hiérarchie de Seine et Marne de renoncer à participer à cette expédition que lui avait proposé le Capitaine FAVÉ.
À Gournay-sur-Marne, le capitaine Jean FAVÉ et son lieutenant Maurice GUILBERT reçurent également la demande pressante de leurs amis F.F.I. d’y renoncer. Mais rien n’y fit, entre temps, l’ordre de faire l’opération fut confirmé par la chaine de commandement dont dépendait FAVÉ, chef des corps francs FFI de Gournay-Chelles et il était également confirmé comme chef de l’opération de récupération d’armes dont il était à l’origine.
Cette chaine de commandement comprenait le Commandant HENRY alias BERTRAND chef du 2ème bataillon du 2ème régiment mobile ARMOR sous les ordres du Lt Colonel FOULON alias « BROUSSE » chef du 2ème Régiment mobile ARMOR lui-même sous les ordres du Colonel L’HERMITTE alias « BOURGOIN » chef du Secteur PARIS EST 2
Le 16 août, les dix-huit résistants de Chelles-Gournay se retrouvèrent à la Pointe de Gournay.
L’expédition de récupération d’armes comprenait :
- Une ambulance conduite par Gabriel VERDIER (FFI-LIBERATION), 42 ans, habitant de Gournay-sur-Marne mais membre du groupe LIBÉRATION de Chelles sous les ordres du Capitaine BLANCHET.
- Un fourgon de déménagement de la maison SEIGNEUR de Chelles conduit par Jacques SCHLOSSSER (FFI-LIBERATION-V), 22 ans, du groupe BLANCHET
- Un fourgon des transports COUNIL de Chelles, conduit par Raymond COUNIL, Idem.
- Un plateau-ridelles à gazogène qui tomba en panne et fut laissé avec son chauffeur Paul CORLIN
- Une camionnette prise aux allemands.
Participants à l’expédition
Des membres du groupe FAVÉ de Gournay :
Jean FAVÉ (FFI de Gournay-Chelles LIBERATION) 54 ans,
Maurice GUILBERT (FFI de Gournay-Chelles LIBERATION) 28 ans †16 août 1944

Maurice Guilbert (1916-1944) Archives Sté Historique
Des membres du groupe BLANCHET de Chelles et de communes voisines.
Paul ALLARY (FFI LIBERATION-V
Jean BARTAIRE (FFI LIBERATION-V , Chauffeur
Henri BLANCHET (FFI LIBERATION-V ), 28 ans † 16 août 1944
Raymond COUNIL (FFI LIBERATION), 21 ans † 16 août 1944
Jacques DELPORTE (FFI LIBERATION), 17 ans † 16 août 1944
Arthur DE SMET (FFI LIBERATION), 20 ans † 16 août 1944
René FAUGERAS (FFI Gagny) 20 ans † 16 août 1944
Franck HÉMON (FFI LIBERATION ), 23 ans † 16 août 1944
Robert MAGISSON (FFI LIBERATION ), 19 ans † 16 août 1944
Jacques SCHLOSSSER (FFI- FTP Chelles) 22 ans † 16 août 1944
Georges TRAPLETTI (FFI Le Raincy) 20 ans † 16 août 1944
Luigi VANNINI (FFI Neuilly-sur-Marne), 52 ans †16 août 1944
Roland G. VERDEAUX (FFI LIBÉRATION-V ), 19 ans † 16 août 1944
Gabriel VERDIER (FFI LIBERATION) 42 ans †16 août 1944
Jean VERON (FFI LIBERATION), 23 ans † 16 août 1944
Pierre WECZERKA (FFI LIBERATION-V) 24 ans † 16 août 1944

Gabriel VERDIER (1902-1944)
Les hommes laissèrent leurs armes au passage chez Mme FAUGERAS, propriétaire d’un bar à Gagny. À Paris, après avoir repéré sur place que le fourgon SEIGNEUR, était hors gabarit pour le garage, il fut décidé de le laisser en stationnement de même que la camionnette. Le camion de COUNIL et l’ambulance de VERDIER entrèrent alors dans le garage du passage Doisy. Les portes du piège se refermèrent sur les véhicules et les dix-huit résistants sans armes, se trouvèrent face à de nombreux soldats allemands et gestapistes. Les prisonniers furent emmenés brutalement dans les caves de l’hôtel particulier voisin, l’hôtel de Chevreuse, qui servait de bureaux à l’organisation TODT. Les chefs qui s’étaient identifiés, BLANCHET et FAVÉ furent séparés des autres pour être questionnés durement.
Seul Jean FAVÉ de Gournay-sur-Marne réussissait à s’échapper des caves de l’hôtel particulier, grâce aux indications d’un agent français ou italien de TODT. Les 17 prisonniers restants durent remonter dans le camion et furent déposés dans la cour de l’immeuble de la Gestapo, rue des Saussaies rejoints par d’autres groupes de résistants faits prisonniers dans des pièges similaires. Les gestapistes laissèrent partir alors Paul ALLARY et Jean BARTAIRE, camarades issus de LIBÉRATION-V de Chelles sans explication.
Avec les autres groupes capturés ce 16 août, au total 34 hommes furent transportés le soir-même en camion près de la Cascade du Bois de Boulogne. Les 34 dont 14 FFI de Chelles-Gournay y furent exécutés, un par un à la mitraillette et finis à la grenade. Seul le capitaine Henri BLANCHET avait été séparé du groupe, épargné par Friedrich BERGER en échange de la promesse d’informations, selon les témoignages recueillis par la police judiciaire auprès d’un agent de BERGER, de son médecin (BERGER était toxicomane) et d’une employée de celui-ci[1].
.
Friederich Berger

Retronews CE SOIR était le concurrent communiste de Paris-Presse le grand tirage.

Retronews : . LA CROIX est un journal catholique
Le capitaine Blanchet fut donc ce soir-là emmené au 42, avenue Victor Hugo, domicile de Friedrich BERGER. Arrivé chez lui plus tard, celui-ci qui avait prévu d’évacuer Paris le lendemain tôt avec sa bande, n’ayant plus d’intérêt ni de temps pour entendre BLANCHET, le traita de traître et le liquida de quatre balles. Le corps du capitaine BLANCHET fut ensuite transporté jusqu’à la cascade et jeté sur les autres cadavres.
Ce Friedrich BERGER, espion nazi, chef du service de la sureté allemande du 180, Rue de la Pompe qui dirigeait 44 auxiliaires français ou étrangers de la Gestapo avait fait arrêter et fusiller plus de 300 résistants du 17 avril au 17 août 1944. Il fut capturé par les américains en Allemagne, il s’évada, fuyant en Espagne. Il fut condamné à mort par contumace le 22 décembre 1952 et mourut de maladie chez lui en Bavière en 1960.


La cascade du bois de Boulogne

Le mémorial de la Cascade (Wikimedia).
Le capitaine Jean FAVÉ, seul officier rescapé, craignant des réactions violentes des gens de Chelles-Gournay, attendit le surlendemain pour remettre son rapport aux chefs militaires à Vincennes et se prépara à faire face à la justice militaire avec l’aide de sa fille Jane GALLAND. Le jury de ses pairs FFI était présidé par le Colonel BROUSSE, chef du 2e régiment zone ARMOR, et jugeait selon le code de la justice militaire. Le verdict du jury exonéra Jean FAVÉ de toute faute le 1er septembre 1944, il était blanchi et libre.
Sa hiérarchie militaire donna l’ordre de mettre fin à la polémique sur son rôle dans cette affaire, bien vainement, c’était devenu trés politique.
ALLARY et BARTAIRE qui avaient été libérées ce soir-là par les nazis de la rue des Saussaies, ne furent pas non plus mis en cause. Mais le côté rocambolesque ou aléatoire de l’évasion solitaire de FAVÉ des caves de l’hôtel de Chevreuse jouait contre Jean FAVÉ.
Le 29 septembre 1944 Jean FAVÉ fut arrêté par des miliciens à la caserne de Vincennes. Il indiqua plus tard avoir alors été torturé à ce moment-là sans avoir changé de discours. Il fut libéré en 1945 et à nouveau fut placé en détention administrative dans l’attente d’une nouvelle procédure.
Le capitaine FAVÉ bénéficia d’une mise en liberté provisoire le 28 juillet 1948 après plus de trois ans de détention administrative et de détention provisoire. Mais le classement définitif de son affaire ne lui fut signifié que le 03 juillet 1951.
Le capitaine FAVÉ avait probablement servi de bouc émissaire, son inculpation permit sans doute de ne pas trop accabler la légèreté des différents acteurs de la résistance dans ce drame, en particulier
- celle de Wigen NERCESSIAN, qui confessa s’être laissé manipulé par des agents allemands qui se faisaient passer pour des gens de l’I.S.
- celle du capitaine Henri BLANCHET à qui plusieurs cadres FFI de Seine et Marne issus de TURMA-VENGEANCE et de LIBERATION, avaient ordonné de renoncer à l’opération qui leur paraissait trop dangereuse.
- celle des chefs FFI du Secteur Est, les chefs de FAVÉ qui n’avaient pas ordonné l’éclairage préalable du point de livraison des armes.
Outre la perte de tant d’hommes valeureux pour Chelles (13) et pour Gournay (GUILBERT et VERDIER), le drame du 16 août 1944 disqualifia l’historique GROUPE DE GOURNAY de PETRELLI et de FAVÉ et d’une manière générale les « gaullistes » ou les « non-communistes » locaux pour la suite politique à Gournay-sur-Marne, laissant le champ libre aux communistes pour réaliser l’épuration et diriger la commune jusqu’aux élections d’avril 1945 qu’ils gagnèrent.
En revanche à Chelles, ce fut l’inverse, la veuve du Capitaine BLANCHET, dont l’histoire héroïque n’était, alors, absolument pas discutée, fut nommée à la tête du Comité Local de Libération et fut nommée par le commissaire de la république, présidente de la Délégation Spéciale municipale.
-
A.N. PV d’audition du 1/12/1944 de Mlle HUVET par le commissaire principal PINAULT et Audition du Dr Rousseau ↑