Les travaux du Frère François Romain à Gournay au XVIIIème siècle
François ROMAIN Frère convers jacobin de l’ordre des Dominicains architecte. et ingénieur (1647-1735) et ses œuvres à Gournay-sur-Marne
Né Franciscus ROOMAN à Gand en 1647 et décédé à Paris à 87 ans. Formé chez les Dominicains de Maëstricht.

II prononce ses voeux religieux de frère lai (frère convers)[1] en 1675.
Ingénieur architecte, il est chargé du suivi de la reconstruction du Pont Saint -Servais de Maëstricht sur la Meuse qu’il commence en 1684 (avec huit arches), il s’absente à la demande de la Généralité de Paris en 1684 où il est nommé Inspecteur des Travaux du Pont des Tuileries (qui devient Pont Royal)
Le Pont de Maëstricht ne sera terminé qu’en 1716.
Au Pont Royal Frère ROMAIN met en œuvre plusieurs techniques nouvelles :
Utilisation de dragues pour réaliser les tranchées des fondations,
Utilisation de caissons pour les fondations,
Utilisation de pouzzolane dans les mortiers.


En remerciement de cette réalisation il est nommé Inspecteur des Ponts et Chaussées de la Généralité de Paris en 1695.

Wikipedia : Pont Royal de nos jours par Jean-François Gornet.
Louis II PHÉLYPEAUX comte de MAUREPAS et comte de PONCHARTRAIN qui en tant que Contrôleur Général des Finances puis Chancellier de France de Louis XIV, a autorité aussi sur les Ponts & Chaussées, le charge de rénover le château de Maurepas et le château de Pontchartrain où Frère ROMAIN dispose d’un appartement jusqu’en 1726. Il lui ouvrira de nombreuses portes. Car l’architecte François ROMAIN accepte également des missions privées pour la réalisation de bâtiments, châteaux et ouvrages d’art hors de la généralité de Paris, et dans tous le royaume.

L’architecte Frère François ROMAIN tenant un plan du Pont Royal par François JOUVENET (1664-1749)
source : https://pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/000PE024502 Musée des Beaux-Arts de Caen
En 1719 l’état de santé de Frère ROMAIN se dégrade, il réduit alors ses déplacements et il se repose souvent sur des commis et riverains de ses chantiers pour l’aider à faire les relevés d’avancement et comptes rendus de travaux.
Néanmoins il étudie et suit des projets dans l’Aube, la Marne, la Seine et Marne, les Ardennes, les Yvelines et le reste de l’île de France.
À Guermantes il intervient sur le château, à Chelles sur l’abbaye royale, à Gournay il réalise les vœux du Sieur Claude Elisée de Court de la Bruyère.
Les œuvres du Frère François ROMAIN à Gournay-sur-Marne :

Illustration du pont de pierre sur le Bras à sec, par Arnaud Bosquet, avril 2026
En 1718 le chef d’escadre en surnuméraire, sous-gouverneur du duc de Chartres, Claude-Élisée de COURT de la BRUYÈRE qui vit au Palais Royal, achète comme villégiature l’île de Baubigny, comprenant le château de Gournay-sur-Marne, en roture à SAS Princesse de Conti qui cède ensuite la seigneurie en partie de Gournay à son neveu le Comte de LA VALLIÈRE, seigneur de Champs.
La Princesse autorise le sieur de COURT à réaliser des travaux qui isole le château et son parc mais exige un nouvel accès pour les usagers du bac de Gournay à son nouvel emplacement et un local pour le fermier du bac.
Dans le parc du château le futur amiral de COURT fait démolir autour du château des bâtiments d’habitation et de ferme et l’église paroissiale Saint Arnoult qu’il fait reconstruire dans le même style par le Frère François ROMAIN sur l’autre rive du Bras. Le contrat de démolition et de construction de l’église est signé en mars 1720. Contractuellement les trois autels et les éléments de culte de l’ancienne église doivent être réutilisés dans la nouvelle.
Il n’y a pas d’explication connue qui justifie que l’église ne soit pas « orientée », à l’identique de l’ancienne, c’est à dire avec l’autel principal dans la direction du soleil levant. Au contraire l’entrée des fidèles se fait par le sud et l’autel est situé au nord de la nef. L’église est orientée Sud Nord.
En revanche une des deux chapelles latérales est orientée vers le Levant. L’amiral Claude de COURT est enterré dans cette église en 1752. Sa pierre tombale est dans la chapelle de la vierge Marie.

Église Saint Arnoult Gournay-sur-Marne vue du sud vers 1780 avec son cadran solaire.
Collection particulière citée par Mme Rivière dans Le Roman de Gournay p130

L’église Saint Arnoult sera rénovée en 1902-1904 par l’architecte Frédéric Bertrand
Le frère architecte réalise aussi sans doute pour le Sieur de COURT le nouveau tracé du Bras Saint Arnoult dont le plan de Trudaine de 1743 donne une image précise sans faire figurer le bac, ni le local du fermier du bac entre le pont de bois et la Marne. L’acte de vente du château obligeait Claude de Court a maintenir le flux dans le bras Saint Arnoult.
D’après une planche de Trudaine de 1743
Il réalise aussi, sur le Bras, un grand pont de pierre à une arche unique, donnant accès à la cour d’honneur du château. Au sud du pont se trouve une place ronde qui permet aux grandes voitures de manœuvrer pour entrer dans la Cour d’Honneur
Le pont comporte une seule arche élevée à deux mètres au-dessus du Bras Saint Arnoult[2]. Au total l’ouvrage était long de 36 mètres avec les deux culées d’une longueur de 12 mètres chacune et une partie centrale également du 12 mètres mais d’une largeur rétrécie à 4,80 mètres.
Il était muni de chaque côté d’un petit parapet de pierre fait de pierres de taille calcaire recouvertes d’un dessus en dalles de grés se tenant par tenons et mortaises sans une once de mortier ou de ciment. Peut-être la signature du Frère ROMAIN.
photo Arnaud Bosquet
Avant d’être goudronné au XXème siècle, le tablier du pont de pierre était pavé comme l’était la cour d’honneur du château
Une grille majestueuse en fer forgé ornée de poissons ferme le passage sur le côté nord du pont.
La date de 1726 est gravée sur le côté ouest du parapet
image créée par Arnaud Bosquet avec la fameuse grille
En amont, un autre pont sur le Bras, en bois celui-ci, est construit pour les usagers du nouveau bac, déplacé aussi un peu plus en amont sur la Marne, éloigné de l’ancien emplacement d’une centaine de mètres parce qu’il était vraiment sous les fenêtres nord du château, incommodant le châtelain.
En 1723, l’inspection des Ponts et Chaussées de la généralité de Paris est répartie entre 5 inspecteurs, le frère ROMAIN conserve tout de même l’inspection de Dreux et Montfort en plus d’une pension
En 1726, souffrant d’avantage, le frère François Romain quitte Pontchartrain et se retire à Paris chez les dominicains.
Il reste tout de même Doyen des inspecteurs des Ponts et Chaussées jusqu’en 1732. Il décède à Paris chez les Dominicains en 1735 à 87 ans.
Biographie de Frère François Romain moine ingénieur inspecteur des Ponts et Chaussées Généralité de Paris citée par Wikipedia entre autres :
- Claude Vacant, « En perspective : un moine ingénieur avant l’école des Ponts et Chaussées : frère François Romain (1647-1735) », Pour mémoire, revue du ministère du développement durable et de l’énergie (comité histoire), no 11, page 110 à 127


